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La philosophie du parapente

Le parapente renoue avec "la célébration du corps, des sensations". Il est "la jubilation tranquille des retrouvailles avec le réel" (Le Breton, "la sociologie du corps", PUF) et avec l'environnement. Mais plus encore puisqu'il est aussi et surtout le prolongement de ce rêve ancestral : voler ! Cependant, vol et vitesse peuvent aussi se conjuguer (kite, speed riding) en respectant le mode de l'énergie naturelle.

Le parapente appartient ainsi à ce type d'activités qu'on pourrait qualifier de contre culture sportive eu égard aux activités traditionnelles : recherche de l'extrême ou du hors limite, de la glisse et des sensations, renouveau des références (littérature, graphisme, musique, vocabulaire, …) avec une quête d'évolution permanente : équipements, innovations techniques, aspirations, … La stratégie marketing a su néanmoins saisir cette mutation "au vol" en développant un environnement matériel, vestimentaire, culturel où le pratiquant peut exprimer sa différence et afficher ses passions.

Nous développerons (succinctement) deux aspects qui caractérisent cette pratique :

- l'hédonisme de l'activité où la recherche du maximum de satisfaction est le moteur de l'activité du pilote.
- le tribalisme qui organise les relations de façon toute singulière autour de rituels, de culture, de mythes voire de "gourou".

1-LA RECHERCHE DU PLAISIR : L'HEDONISME SPORTIF

Le primat des sensations

- Le parapente est une activité autotélique qui trouve sa fin en elle-même tout en étant fortement investie par l'individu. Il maintient, à l'âge d'homme, des bonheurs et des sensations d'enfance. Ici, pas de rendement, de gain et de notoriété … mais la jouissance de l'instant.

- Il y a - le plus souvent - revanche de la sensation sur l'esprit. Le processus de création permanent prend le pas sur le résultat. Chacun est artiste de sa production. La liberté de mouvement trouve ses contraintes dans celles dictées par la sécurité. Il y ainsi auto définition, auto organisation et auto évaluation de la pratique.

- Le corps ne produit plus du chiffre (quoique : temps de vol, distance parcouru, taux de chute, …) mais de l'imaginaire : imaginaire de fusion avec l'engin, avec l'élément, avec la nature … sentiment de toute puissance.

- L'apprentissage laborieux n'est plus un passage obligé pour accéder au plaisir. Les heures de pente école sont déjà des heures plaisir. L'enseignement du parapente n'est pas uniquement envisagé comme un répertoire de techniques.

- "Just do it" : cette pub de Nike traduit l'allégorie de la libre expression des sentiments et des sensations individuels. Il faut oser, aller plus haut et plus loin, …

Une pratique à risque consenti

Le pilote doit surmonter ses craintes et ses peurs : il s'exprime, dans le vol, une dialectique de peur et de jouissance. Chacun se fixe ses défis et ses challenges, le plus souvent envers soi-même et non autrui.

- Le parapente est aussi une forme d'ordalie, épreuve dont l'issue dépend d'éléments qu'on ne maîtrise pas. Le parapentiste entre dans une arène gigantesque ! L'incertitude du milieu environnant cautionne le vol entrepris (cross par ex.) et devient une source de jouissance et d'augmentation de l'estime de soi.

- Mais ce risque exige dans le même temps un certain sérieux, une forme d'ascétisme tendue vers la maîtrise. Le pilote est seul, avec ses ressources physiques et morales : il ne peut tricher avec lui-même, il est authentique. Attention, en même temps, il y a non tolérance par rapport à celui qui ne joue pas le jeu (respect de la TMA par ex.).

2- L'ESSENTIEL C'EST DE PARTICIPER : LE TRIBALISME SPORTIF

Les cultures de référence

Avec le look et le langage, on affiche ostensiblement son appartenance à un groupe qui partage les mêmes valeurs, les mêmes idéaux, les mêmes passions. Habillement, couleur, langage, … témoignent à la fois d'une différenciation vis-à-vis de l'extérieur et d'une homologie vis-à-vis du groupe d'appartenance.

- La culture est aussi extrêmement spécialisée tant par les revues, les musiques … qui collent à l'environnement du pilote.

Le tribalisme sportif

Nous sommes dans une société où l'individualisme est mis en exergue. Cependant, l'individualisme n'est pas l'égoïsme : la préoccupation "narcissique" n'exclut pas une forme de relation entre les personnes.

- Dans le même temps, la perte des grands idéaux (politiques, religieux, économiques) engendre l'émergence de nouveaux modes de relations : la tribu ! Le social rationalisé est remplacé par une socialité à dominante empathique : succession d'ambiances, de sentiments, d'émotions, … Ce qui est valorisé est ce qui est émotionnellement commun !

- La tribu (et ça peut être le club) possède ses castes : les puissants, les hérauts, les fidèles, les compagnes, les courtisans, … Les staffs sont organisés : le leader, le sage, le spécialiste en MTO, … Et la tribu défend son territoire ! Il y a une forme de liaison éthique, loi du milieu où chacun est inséré dans un processus de participation qui privilégie le corps collectif.

POUR CONCLURE

Le vol devient ainsi une pratique intégrée dans le déroulement de l'existence qui participe à l'épanouissement personnel. Il procure un sentiment de liberté parfois de puissance. Le sport d'utilité publique cède sa place au sport d'utilité ludique. Il devient difficile de vivre sans aile !

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